L’homme en mouvement: vestiaire de l’été

Elégance frémissante de l’homme moderne tout en nuances chez Valentino. Collection printemps-été Valentino pour homme.

Si j’étais un homme, je serais capitaine d’un vestiaire en mouvement. Je laisserais de mes chemises les pans flotter au vent, me moquerais de leur symétrie du moment qu’elles me suivent fidèlement dans l’action sans chercher à m’entraver par trop de rigueur ou d’étroitesse de coupe.

Si tant de siècles durant, on s’est extasié sur des gravures de femmes alanguies, l’homme lui est beau en mouvement.

Chez Bottega Veneta, le printemps arabe influence un mouvement coloré et résolument optimiste.

Fluide sous une fausse rigueur, Tomas Maier lui laisse l’élégance du mouvement cette été. L’élongation se fait tout en nuances, la démarcation par touches, les couleurs de sa collection été sont vibrantes, vivantes, mouvantes. Philip Lim, lui, opte cet été pour un mouvement par le dégradé. Sarah Burton l’enflamme (et quoi de plus mouvant qu’une flamme ?), Ann Demeulemeester crée le mouvement sous de légères juxtapositions. Chez Balmain, le python donne de la vitesse.

Olivier Rousteing insuffle la fureur de vivre à l’homme Balmain de cet été.

Et que l’homme court, chez Yves Saint-Laurent, puisque ses jambes sont volontiers mises à nu sous des bermudas emprunts d’une fausse sévérité coloniale. Les hauts semblent, eux, avoir été pensés à l’épreuve du vent tout comme chez Walter Van Beirendonck qui ressort de l’homme cet été son côté Batboy (ou comment Robin et The Mask se font concurrence en une même collection), conférant une idée supplémentaire de vitesse et de mouvement au vestiaire du mâle conquérant.

Talk with the wind… Le mâle de l’été dans toute sa splendeur chez Yohji Yamamoto.

Chez Yohji Yamamoto, au contraire, il a la mesure fluide mais le pas lent de l’homme qui prend son temps sous d’amples plissés et larges vestes qui feraient presque du vent un calme interlocuteur. Deux visions du mouvement se sont ainsi dressées entre les collections.

Mouvement intermédiaire, tout en fluidité chez Dior. Collection printemps-été 2012 Dior Homme.

Les hommes en mouvement chez Dior et chez Hermès en sont peut-être les intermédiaires. Structurés, amples, fluides, ils ont l’allure du héros qui sait prendre son temps. Chez Vuitton, l’allure est dans la coupe. Le vestiaire dessiné par Kim Jones ne peut être statique. C’est le vestiaire d’un félin urbain. On ne sait jamais trop s’il va bondir ou s’étirer mais il reste dans le mouvement, prêt à sauter. Alexander Wang crée en apparence un vestiaire plus statique, rassurant. C’est l’homme qui initie le mouvement et non le vêtement qui lui se doit de le suivre. Pourtant, quand ce dernier s’y met, il se fait frémissant comme une feuille au vent. Frémissement qu’on retrouve toute en nuance et élégance dans la collection été de Valentino pensée par Pier Paolo Piccioli et Maria Grazia Chiuri. Un homme qui frémit, c’est beau aussi.

Toute la beauté du mouvement masculin ne réside-t-elle pas dans cette nuance ?

Les nouveaux romantiques

Confidences de pivoines sur broderies anglaises

Hier matin, madame s’est offert un bouquet de pivoines dont les fleurs solitaires, au feuillage racé, aux tiges fortes et masculines surplombées de pétales odorants à la féminité sublimée m’ont autant mis en émoi que la collection été de Ralph Lauren. Il faisait chaud, les gens collés les uns aux autres dans les transports en commun étaient aussi désirables qu’une meute de torchons dans le panier du linge sale. Pourtant, parmi eux, s’est distingué ce matin un homme à la peau couleur épice qui arborait une chemise blanche en broderie anglaise.

Fleur androgyne des années 20 revisitée par Ralph Lauren
Photo Courtesy of Ralph Lauren

Tandis que madame s’évertuait à gagner quelques millimètres sur le siège de la vieille dame de gauche, je contemplais avec émerveillement le mariage du pétale en chiffon et du coton brodé sur une peau d’épices. L’homme à la chemise en broderie anglaise me parut soudain, au travers de mon rideau de pivoines, comme l’homme le plus viril de toute notre rame.  Pourtant, il y en avait des hommes habillés avec goût mais lui apportait au romantisme classique de la broderie anglaise toute la passion qu’on ne ressent plus quand elle s’affiche sur un simple jupon brodé. Avez-vous remarqué comme cet été la broderie est convenue même si elle redonne le ton du romantisme à plus d’une jupe ou d’un manteau ? Elle se joue de candeur sur des jeunes filles plus ou moins en fleur qui cherchent à insuffler de l’innocence dans leurs tenues les plus printanières alors que cet homme au parfum boisé et à la peau d’épices se l’est appropriée en offrant à la broderie anglaise ses nouvelles lettres de virilité.

En rentrant, j’ai suggéré au jupon de redorer ses oeillet. Fleurs androgynes et broderies d’antan vont enfin cet été se jouer des codes du romantisme classique. Et cela me plait.

Il y a un Temps pour tout

même pour la perfection ;-)

Mes amis, le dernier hors-série Mode du Temps, réalisé par Isabelle Cerboneschi et son équipe est dans les kiosques suisses. Comme d’habitude, il est P.A.R.F.A.I.T. avec un petit supplément d’âme qui le rend irrésistible.

Si vous avez quelques minutes, mes amis,  et une tasse de thé à vos côtés (ou un bol de lessive selon que vous êtes un vêtement de passage fuyant le panier à repassage), plongez-vous dans ses pages, entre le magnifique manteau en jacquard cloqué de Nina Ricci et la chemise blanche d’Antonio Manlio Nieto. Allez humer l’iris de Véronique Hayoun, laisser vos formes respirer sous les mots charnels et rassurants de Catherine Cochard, rechercher le sens du chic avec Marco Zanini et Isabelle en relisant vos leçons de style avec Pierre Chambonnet.

Comme je vous le disais, il y a un Temps pour tout ceci. Celui du hors-série Mode ;-)

Merci à cette belle équipe d’adoucir mes après-midis sur le haut du panier à linge… et de me rendre populaire auprès des jupes à fleurs ;-)