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Articles Tagués ‘du prêt-à-porter printemps-été 2012’

Elégance frémissante de l’homme moderne tout en nuances chez Valentino. Collection printemps-été Valentino pour homme.

Si j’étais un homme, je serais capitaine d’un vestiaire en mouvement. Je laisserais de mes chemises les pans flotter au vent, me moquerais de leur symétrie du moment qu’elles me suivent fidèlement dans l’action sans chercher à m’entraver par trop de rigueur ou d’étroitesse de coupe.

Si tant de siècles durant, on s’est extasié sur des gravures de femmes alanguies, l’homme lui est beau en mouvement.

Chez Bottega Veneta, le printemps arabe influence un mouvement coloré et résolument optimiste.

Fluide sous une fausse rigueur, Tomas Maier lui laisse l’élégance du mouvement cette été. L’élongation se fait tout en nuances, la démarcation par touches, les couleurs de sa collection été sont vibrantes, vivantes, mouvantes. Philip Lim, lui, opte cet été pour un mouvement par le dégradé. Sarah Burton l’enflamme (et quoi de plus mouvant qu’une flamme ?), Ann Demeulemeester crée le mouvement sous de légères juxtapositions. Chez Balmain, le python donne de la vitesse.

Olivier Rousteing insuffle la fureur de vivre à l’homme Balmain de cet été.

Et que l’homme court, chez Yves Saint-Laurent, puisque ses jambes sont volontiers mises à nu sous des bermudas emprunts d’une fausse sévérité coloniale. Les hauts semblent, eux, avoir été pensés à l’épreuve du vent tout comme chez Walter Van Beirendonck qui ressort de l’homme cet été son côté Batboy (ou comment Robin et The Mask se font concurrence en une même collection), conférant une idée supplémentaire de vitesse et de mouvement au vestiaire du mâle conquérant.

Talk with the wind… Le mâle de l’été dans toute sa splendeur chez Yohji Yamamoto.

Chez Yohji Yamamoto, au contraire, il a la mesure fluide mais le pas lent de l’homme qui prend son temps sous d’amples plissés et larges vestes qui feraient presque du vent un calme interlocuteur. Deux visions du mouvement se sont ainsi dressées entre les collections.

Mouvement intermédiaire, tout en fluidité chez Dior. Collection printemps-été 2012 Dior Homme.

Les hommes en mouvement chez Dior et chez Hermès en sont peut-être les intermédiaires. Structurés, amples, fluides, ils ont l’allure du héros qui sait prendre son temps. Chez Vuitton, l’allure est dans la coupe. Le vestiaire dessiné par Kim Jones ne peut être statique. C’est le vestiaire d’un félin urbain. On ne sait jamais trop s’il va bondir ou s’étirer mais il reste dans le mouvement, prêt à sauter. Alexander Wang crée en apparence un vestiaire plus statique, rassurant. C’est l’homme qui initie le mouvement et non le vêtement qui lui se doit de le suivre. Pourtant, quand ce dernier s’y met, il se fait frémissant comme une feuille au vent. Frémissement qu’on retrouve toute en nuance et élégance dans la collection été de Valentino pensée par Pier Paolo Piccioli et Maria Grazia Chiuri. Un homme qui frémit, c’est beau aussi.

Toute la beauté du mouvement masculin ne réside-t-elle pas dans cette nuance ?

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Confidences de pivoines sur broderies anglaises

Hier matin, madame s’est offert un bouquet de pivoines dont les fleurs solitaires, au feuillage racé, aux tiges fortes et masculines surplombées de pétales odorants à la féminité sublimée m’ont autant mis en émoi que la collection été de Ralph Lauren. Il faisait chaud, les gens collés les uns aux autres dans les transports en commun étaient aussi désirables qu’une meute de torchons dans le panier du linge sale. Pourtant, parmi eux, s’est distingué ce matin un homme à la peau couleur épice qui arborait une chemise blanche en broderie anglaise.

Fleur androgyne des années 20 revisitée par Ralph Lauren
Photo Courtesy of Ralph Lauren

Tandis que madame s’évertuait à gagner quelques millimètres sur le siège de la vieille dame de gauche, je contemplais avec émerveillement le mariage du pétale en chiffon et du coton brodé sur une peau d’épices. L’homme à la chemise en broderie anglaise me parut soudain, au travers de mon rideau de pivoines, comme l’homme le plus viril de toute notre rame.  Pourtant, il y en avait des hommes habillés avec goût mais lui apportait au romantisme classique de la broderie anglaise toute la passion qu’on ne ressent plus quand elle s’affiche sur un simple jupon brodé. Avez-vous remarqué comme cet été la broderie est convenue même si elle redonne le ton du romantisme à plus d’une jupe ou d’un manteau ? Elle se joue de candeur sur des jeunes filles plus ou moins en fleur qui cherchent à insuffler de l’innocence dans leurs tenues les plus printanières alors que cet homme au parfum boisé et à la peau d’épices se l’est appropriée en offrant à la broderie anglaise ses nouvelles lettres de virilité.

En rentrant, j’ai suggéré au jupon de redorer ses oeillet. Fleurs androgynes et broderies d’antan vont enfin cet été se jouer des codes du romantisme classique. Et cela me plait.

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Mes doux ami(e)s,

les beaux jours se rapprochent à grands pas. Quelques mois encore et je retrouverai mon rayon tout en haut de la penderie, ma boule anti-mites préférée, la toile de Lizzie l’araignée et toutes les héroïnes que j’ai abandonné le temps de servir au mieux madame durant ces jours frileux. Je les entends – Anna, Joséphine, Julia et les autres – m’appeler comme une bande de sirènes sans manières. Avant de les rejoindre, je dois d’abord poursuivre mon odyssée à travers le printemps, ses courants d’air facétieux et ses pluies intempestives.

C’est enroulé autour de la gorge de madame que je célèbre aujourd’hui le premier jour du printemps.

Et c’est par cette photo de la collection printemps-été d’Isaac Mizrahi que je viens vous le souhaiter doux et excitant comme une promesse romantique murmurée par un jeune vent qui ne sait encore trop dans quel sens il va souffler.

copyright Isaac Mizrahi

Bien à vous, mes tendres amis et plus discrets lecteurs.

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"Il comprit l’inanité de notre vouloir et la folie furieuse de notre coeur avide qui nous fait rechercher la plus impossible des choses : le recommencement des heures mortes."

Isabelle Eberhardt, Amours Nomades

Que l’homme qui dit que la mode n’a point de sens relise les journaux de celle qui a inspiré la collection printemps-été 2012 d’Ann Demeulemeester.

Photos: Style (Marcus Tondo)

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Alors qu’une douce amie, ce matin, dans son vieux peignoir buvait son thé en imaginant que le brouillard était un calque posé par-dessus les choses, j’imaginais ma prune laine se mélanger aux nuages gris dans des ébats moutonneux qu’il ne serait point décent de décrire en ces pages. Et de ma manche, sur la vitre, je dessinais notre future progéniture gambadant gaiement dans le ciel, moitié ouate, moitié mohair, rose grisé ou gris rosé selon qu’on la regarderait de bas ou de haut.

Les enfants de madame, eux, entrèrent au salon comme une seule et même bourrasque, abandonnant au passage grenouillères et pyjamas sans pieds pour se jeter, paumes ouvertes, sur leur dernier cadeau en date: un livre de dessin.

Et pas n’importe lequel: un livre de leur collection favorite, "dessiner avec… les grands artistes du Centre Pompidou".

Déjà, l’année dernière, ils n’avaient fait qu’une bouchée de Dubuffet, saisissant en quelques dessins ce que d’autres mettaient des années à étudier. Cette fois, n’ayant plus peur de rien, ne connaissant même pas la crainte que le génie peut inspirer à certains adultes, ils se sont précipités sur Kandinsky, Klee, Matisse et Picasso comme sur une panière de pains chauds.

Mark Twain ne disait-il pas "Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait ?"

Et bien, ils l’ont fait.

Tandis que le jeune prince s’attaquait à main levée à la reproduction très libre d’une illustration de Kandinsky pour un conte de Remizov, la petite princesse aux pieds nus coloriait la plante à l’encre brune de Picasso avec un fin feutre fluo. "Pas fluo, répliqua-t-elle. Boréal. C’est du jaune boréal"

Et moi de me tourner à nouveau vers le ciel pour visualiser le fruit de mes ébats zébré de quelques rayons de soleil.

Pourquoi faisais-je référence à Anne-Valérie Hash dans le titre ? Parce que Picasso disait "Dans chaque enfant, il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester artiste en grandissant."

En regardant les princes garnements se saisir de feutres bleus et noirs pour revisiter Le lagon de Matisse, je n’ai pas eu de doute. Anne-Valérie a résolu le problème (même si son inspiration a elle était le Maroc).

Photos de vêtements: Dan Lecca

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Madame n’y était pas mais a suivi sur Style, comme d’habitude. Quand on trouve son église, rarement on en change pour suivre la messe. Elle a regardé défiler autant de tenues que moi j’ai pu compter de toiles au plafond. C’est qu’elle accapare tout l’écran et s’exclame, souffle, râle et généralement fini par refermer son ordinateur d’un clac retentissant en jurant qu’on ne l’y reprendrait plus, que la mode n’est plus ce qu’elle était, et… veuillez m’excuser, doux amis, je baille.

Cette année, moi, je l’ai laissée râler et s’extasier tant et plus en préférant suivre de mon côté, et presque en direct, les impressions de l’instant d’une prêtresse en ce milieu, Isabelle Cerboneschi, ce qui a apporté à mon dossier sur les vêtements pour dames de l’été 2012 beaucoup de poésie.

Les photos de Dame Isabelle avaient un petit supplément d’âme qui donnait envie de saisir l’émotion de l’instant comme de s’accrocher au vêtement qui déjà filait pour éviter de se figer sur un cliché.

Mon mohair se gonflait à chaque photo comme autant de soupirs que je ne pourrai jamais faire entendre aux créateurs fébriles par temps de Fashion Week (quelle terrible appellation, vous ne trouvez ?) et tout ce que ma maîtresse remarquait, c’est que je ne tapais pas dans mes manches ! Comme si un pull de mon envergure avait été taillé dans une peau d’otarie ! "Les applaudissements, lui ai-je dit, ne me font que battre la poussière de votre dessus de lit, chère maîtresse. Mais le soupir… Ah le soupir…."

Et je lui ai expliqué devant les images de la collection d’Anne-Valérie Hash :

"Le soupir est un pont, chère amie. Un pont entre nos émotions et la création. Regardez ce bleu qui s’écoule comme l’eau du canal du Rio de Palazzo. Certains applaudiront, chercheront à le toucher, se dire qu’il était vrai, se dire qu’ils y étaient. Comme dans une gondole. Voyez un peu cette veste qui passe entre deux tenues aussi fluides que les eaux, n’est-elle point celle du gondolier de la sérénissime ? Cette année, Anne-Valérie Hash a voulu jouer le contraste entre le drapé et la verticalité. Et moi, de là-haut, passant de cette salle d’interrogatoire qu’est mon cerveau à la prison de ma maille, qu’ai-je à offrir à ces pantalons drapés, ces blouses évanescentes que je n’oserais toucher de mes bouloches ? Tel un prisonnier qui se serait arrêté un instant derrière l’une des fenêtres grillagées du pont en croyant, là, apercevoir la pointe d’un sein surgir d’une blouse comme des flots et, là, un col de broderies macramé, je soupire, ma mie. »

Le soupir, mes amis, est mon plus bel hommage à la création ci-faîte femme par Anne-Valérie Hash. Je vous prie de m’excuser mais je me sens soudain las et vais retrouver le chemin de ma penderie en emmenant avec moi quelques impressions de raffinement et de fluidité d’été.

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Défilé Anne-Valérie Hash printemps-été 2012

Photos prises par Isabelle Cerboneschi, rédactrice en chef du hors-série Mode et Luxe du journal Le Temps et, accessoirement, très belle âme dans ce monde de mode et de mots.

Ses photos et impressions de la Fashion Week:

Du front row au poulailler, 1ere partie

Du front row au poulailler, 2e partie

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Photos de Dan Lecca

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