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Articles Tagués ‘des corps étrangers’

Cher journal, chers lecteurs anonymes, douces Isabelle (tendre à plume et belle à pinceau), belle Hélène et autres passants d’un jour,

j’ai rarement senti sur moi la peau d’une autre. Depuis quelques décennies que madame me porte, je peux compter sur les côtes d’une manche le nombre de corps étrangers qui m’ont enfilé. Il y a bien eu deux ou trois hommes jeunes, imberbes pour la plupart, qui ont joué les éphèbes sous mes mailles entre deux ébats, Monsieur, qui me porte quand il est fiévreux et que sa sérénissime difformité multicolore ressemblant plus à une serpillère qu’un pull est au lavage, le jeune prince qui m’enfile parfois comme un déguisement pour épouvantail en herbe, Belle-Maman-l’ancienne dont la douceur me manque autant que le parfum et quelques amies de Madame à l’époque où elles n’étaient que des demoiselles aux styles vestimentaires en perdition.

J’avoue que, pour un pull de mon envergure, c’est déjà beaucoup. J’aurais même pu, le jour où elle m’a jeté à la poubelle, atterrir sur le dos d’un homme des rues mais n’y pensons plus, je vous prie.

Toutes ces peaux, ces odeurs ont-elles étaient le moteur de mes modestes études du genre humain et mes écrits d’anthropologue en mohair ? Je ne sais…

Toujours est-il, chers amis, que j’étais tout désigné hier dans la penderie pour être celui qui s’essaierait au parfum qui a tant fait parler ma maîtresse cet été, ce fameux parfum d’une autre qu’elle a porté au mois d’août lors d’une réunion de grandes bourgeoises à laquelle elle a participé avec ce parfum sur les doigts, et le cou et…

Saperlipopette ! Vous n’avez donc aucune idée de ce parfum que je porte entre mes mailles depuis hier ? Ce parfum d’une autre qui ne me fait plus sentir chose mais homme de chair et de mohair ?

Je vous donne rendez-vous dès ma sortie de la machine à laver pour vous conter mes aventures avec ce parfum follement féminin dont je vous révélerai le nom…

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