De voeux et de noeuds

Chers amis,

 

Votre Noël a-t-il été aussi joyeux et festif que chez nous ?

Madame n’a finalement pas mis de nappe sur la table. Elle en a jeté une, à pois, par-dessus le lit aux vêtements et quelques serviettes festonnées à même le bois de la table de pique-nique qui occupe le salon. Il y avait des étoiles, beaucoup d’étoiles en papier, peintes par les enfants, qui les avaient ensuite jetées au hasard sur les bancs et la table entre deux bougies et la crèche dont les personnages principaux courraient sur la table entre les verres et les serviettes. Si l’âne a manqué de piquer du nez dans le velouté de madame, le petit emmailloté, lui, est resté bien au chaud sous la flamme d’une bougie. On n’aurait pu faire plus simple. A se demander pourquoi on a tant fait tourner en bourrique le tambour de la machine à laver ces derniers temps.

Depuis hier, je cherche une feuille de papier sur laquelle écrire quelques mots à l’attention de la robe de gitane qui nous a quittés il y a quelques années. J’aime croire qu’elle est toujours de ce monde et portée par une quelconque curieuse qui aurait fouillé le local poubelles de notre ancienne résidence.

Comme chaque année, donc, je lui écris quelques mots sans adresse mais avec une photo. Cette année, j’ai choisi pour elle ce pantalon Sonia Rykiel qui me rappelle l’esprit de cette belle rebelle à bretelles romantiques. Quand je l’ai vu, j’ai souri et eu immédiatement envie de converser avec ma vieille amie (qui me friserait le mohair si elle m’entendait la traiter de vieille !)

Où que tu sois, ma jolie, j’espère que tu as été rafistolée et que tes volants font encore tourner bien des têtes.

Soleil noir

Elle l’a revu. Il lui a dit bonjour. Elle a opiné du chef.

Son cuir me fait frissonner. Il est souple, trop souple, souple comme une peau de serpent. Que cherche-t-il en dardant ma maîtresse de son regard noir ? Renouer avec ses amours nomades ? Croit-il au recommencement des heures perdues ? Ne la voit-il pas gorgée de maternité ?

Qu’utiliser pour se protéger des rayons du soleil ? Des enfants comme écran total ? Ma maîtresse, sans s’en rendre compte a serré les doigts potelés de la petite princesse aux pieds nus et posé sa main sur le seul autre soleil qui ne l’a jamais brûlée: la chevelure blonde de son fils.

Malgré cet écran et la capote haute de la poussette qui lui protégeait le coeur, un rayon de l’homme l’a touchée à la commissure d’une lèvre. Je l’ai vue dans le reflet d’une vitrine frémir du coin de la lèvre supérieure comme le font les feuilles d’automne quand le vent, après les avoir mises à terre, revient les narguer en leur susurrant quelques promesses qu’il ne tiendra jamais.

Ma maîtresse allait-elle se mettre à trembler sous son feuillage ?

Heureusement, les soudains cris de vélociraptor que pousse depuis peu la minuscule princesse au nez crotté ont fini pas rompre le charme.

L’homme solaire a ri. La lèvre de ma maîtresse s’est arrêtée de frémir. Le rire de l’homme est tombé sur ses rayons comme un lourd rideau, un rideau aussi sombre que son cuir trop souple, un rideau aussi noir qu’une fin d’après-midi d’hiver, un rideau aussi obscur que son coeur.

Pour une raison que j’ignore, elle a tout de même accepté de le revoir pour quelques mots autour d’un café.

Gageons qu’il ne la brûlera pas, cette fois.

*en illustration, la magnifique Robin Wright photographiée par Peter Lindbergh dans un trench en peau coupée à cru pour la dernière campagne Gérard Darel.

Le retour de l’homme solaire, suite

Oui, mesdames, vous avez bien lu. L’homme solaire est de retour ! Et quelle coïncidence étrange alors qu’entre deux avions il n’avait auparavant jamais le temps de s’arrêter dans notre petite ville pour remplir les blancs qu’il laissait trop souvent dans le coeur gros de ma maîtresse.

Il n’avait pas changé. Seule sa chemise étincelante avait fait place à un cuir sombre et souple. Souple comme son long corps de liane.

Elle sait qu’il va repasser par-là maintenant qu’il l’a vue, qu’il va lui parler, ouvrir sa bouche, prononcer des mots qu’elle n’entendra pas tant elle sera transportée par le courant de sa voix. Elle sait qu’elle va devoir lui répondre, entrouvrir ses lèvres sans lui montrer qu’elle a besoin de déglutir mille fois avant d’éructer un simple murmure.

En rentrant avant-hier soir, elle avait de l’écume au bord du coeur. Ses souvenirs moussaient autant que mon mohair dans ma prime jeunesse.

Reste à savoir si elle parviendra à les rincer et sécher rapidement.