Elle l’a revu. Il lui a dit bonjour. Elle a opiné du chef.
Son cuir me fait frissonner. Il est souple, trop souple, souple comme une peau de serpent. Que cherche-t-il en dardant ma maîtresse de son regard noir ? Renouer avec ses amours nomades ? Croit-il au recommencement des heures perdues ? Ne la voit-il pas gorgée de maternité ?
Qu’utiliser pour se protéger des rayons du soleil ? Des enfants comme écran total ? Ma maîtresse, sans s’en rendre compte a serré les doigts potelés de la petite princesse aux pieds nus et posé sa main sur le seul autre soleil qui ne l’a jamais brûlée: la chevelure blonde de son fils.
Malgré cet écran et la capote haute de la poussette qui lui protégeait le coeur, un rayon de l’homme l’a touchée à la commissure d’une lèvre. Je l’ai vue dans le reflet d’une vitrine frémir du coin de la lèvre supérieure comme le font les feuilles d’automne quand le vent, après les avoir mises à terre, revient les narguer en leur susurrant quelques promesses qu’il ne tiendra jamais.
Ma maîtresse allait-elle se mettre à trembler sous son feuillage ?
Heureusement, les soudains cris de vélociraptor que pousse depuis peu la minuscule princesse au nez crotté ont fini pas rompre le charme.
L’homme solaire a ri. La lèvre de ma maîtresse s’est arrêtée de frémir. Le rire de l’homme est tombé sur ses rayons comme un lourd rideau, un rideau aussi sombre que son cuir trop souple, un rideau aussi noir qu’une fin d’après-midi d’hiver, un rideau aussi obscur que son coeur.
Pour une raison que j’ignore, elle a tout de même accepté de le revoir pour quelques mots autour d’un café.
Gageons qu’il ne la brûlera pas, cette fois.
*en illustration, la magnifique Robin Wright photographiée par Peter Lindbergh dans un trench en peau coupée à cru pour la dernière campagne Gérard Darel.
