Les nuages n’ont pas voulu de moi avant-hier.
Me fais-je trop vieux, mes besoins trop pressants ?
Cet après-midi, je me console avec cette photo.
Pas pour le sac, ni les yeux de husky du modèle, ni même son manteau ou encore ses cheveux d’animal mal crêpé. Je me console avec l’image de cette robe si douce qu’on ne sait trop si elle surgit du brouillard pour aller vers la lumière ou si , au contraire, elle se jette en lui comme en les bras d’un amant protecteur.
Déjà, en mars 2009, je l’avais repérée avec le vieux cuir Alfred tandis que nous regardions défiler la collection automne-hiver de la maison Fendi. Il y avait quelque chose de post-apocalyptique dans cette collection qui correspondait parfaitement à l’état de notre penderie.
Rough… comme disait le vieux pull en lambswool avant de nous quitter.
Elle était belle comme un coeur, cette robe. Alfred, le vieux cuir, n’avait vu en elle qu’une version mal dégrossie de l’amazone de luxe mais, moi, je la sentais respirer. Je voyais bien qu’elle n’était pas juste ce qu’elle paraissait. Qu’elle avait enfilé une armure comme d’autres auraient brandi un bouclier en papier pour faire face à l’agressivité ambiante mais que, sous son cuir, elle rêvait de s’offrir au monde telle une fleur d’hiver qui n’aurait demandé qu’un peu de douceur pour complètement éclore.
Et peut-être rendre ce monde plus beau.
Cet après-midi, après un périple urbain mouvementé, je remercie le vieux manteau en tweed bouloché de m’avoir protégé de la colère et de la méchanceté qui grondait dans les costumes d’automne de cette ville qui parfois me lasse.
Je regarde cette photo dans un ancien numéro d’Harper’s Bazaar et je me plais à l’idée de m’enfouir dans les bras du brouillard pour arracher l’armure de cuir trop sombre de cette robe et succomber à ce roman d’hiver qu’elle est déjà en train d’écrire dans mon coeur.
Mes amis, à mes doux rêves de Fendi, je vous laisse. Puissiez-vous passer un délicieux vendredi. je m’en vais, pour ma part, me pelotonner près du radiateur.
Photos de la campagne: Karl Lagerfled
Photos du défilé: Marcio Madeira pour Style.com
