Chers amis,
J’aurais aussi bien pu baptiser cette note "La solitude du vêtement de fond" tant certains dans ma nouvelle penderie manquent de profondeur (je ne vous parle évidemment pas de leurs décolletés…). Depuis que madame a enfanté, il n’y a plus un brin d’ordre dans nos rayons. Et quel ennui ! Car, enfin, elle ne fait que tourner avec une dizaine de pièces semaines après semaines. Ce sont des pièces faciles et pas chères, du genre que vous portez, chers humains, sur un corps que vous n’assumez plus vraiment. Un corps qui aimerait qu’on l’oublie alors qu’il est devenu généreux. Je le comprends d’autant mieux que je dois m’étirer chaque fois qu’elle m’enfile pour épouser ses nouvelles formes. Mais cela doit-il pour autant justifier le manque d’esprit de ses nouveaux amis ? Ses chemises larges, ses jeans qui baillent en permanence, ses hauts évasés sous la poitrine (et pas que…) ?
Ah, mes amis, je ronge mon frein en attendant le jour où je pourrai enfin être reporté avec des camarades stylés, des vêtements qui ont une notion de l’étiquette qui ne s’arrête pas à quelques degrés et des consignes de repassage. Et de la culture, par pitié !
Hier, le manteau à chevrons m’a fait savoir qu’un de ses boutons s’était enfui, ne supportant plus la pression. Avec qui vais-je converser si elle ne se décide pas à retrouver son corps d’antan ?
Hier, je me suis arrêté avec envie sur ces quelques images des pré-collection automne-hiver 2012-2013 en me demandant quelles conversations je pourrais entreprendre avec l’un ou l’autre de ces vêtements.
Lisent-ils Houellebecq et Beigbeder chez Band of Outsiders ?
De quel côté du miroir se couche cette robe Calvin Klein ?
Ces manches, chez Philip Lim, ont-elles déjà frôlé une histoire des demoiselles de Saint-Cyr ou un roman de Dickens ?
A-t-on inculqué à celle-ci (Pringle of Scotland) quelques notions d’art contemporain ?
Les coud-on chez Rag and Bone avec des fils d’Atlas ?
Est-ce que bienséance et élégance riment chez Temperley ?
Cette tenue Thakoon vêtira-t-elle une jeune fille au destin extraordinaire ?
Cette autre a-t-elle déjà goûté à Anna Karenine ?
Cet ensemble Zac Posen côtoie-t-il les héroïnes de Carole Martinez dans ses rêves ?
Je ne sais ce que vous en pensez, chers amis, mais il me semble que les prochaines collections automne-hiver offrent de belles perspectives de conversation…


