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"Dans la mode, nous avons tous besoin d’un peu d’arbres ces temps-ci" disait Alber Elbaz avant le défilé automne-hiver de la collection Lanvin, en arrière-plan duquel trônait un majestueux saule pleureur. Est-ce le besoin criant d’un retour aux traditions ? Aux vraies racines de la mode ?

Si les premiers modèles qu’il a présentés ce jour-là furent jugés par certains comme trop austères, il n’en reste pas moins qu’ils avaient la beauté de l’équilibre, du vêtement pensé pour épouser le corps d’une femme sans l’entraver ni le diminuer telle la somptueuse robe de soie ci-dessus. Un retour aux racines du vêtement dans ce qu’il y a de plus pur…

Ce besoin de racines et d’arbres dans la mode, certains l’ont pris au pied de la lettre et, de-ci, de-là, on a vu des arbres (Akris) s’imprimer sur des robes et des hauts automnaux, des nervures de bois s’installer sur des pantalons et des jupes comme si elles sortaient de chez le menuisier (Céline). On aurait même pu croire certains imprimés chez Basso & Brooke directement arrachés aux troncs des bouleaux et platanes qui hantent nos trottoirs d’hiver mais ce n’était que des morceaux de murs et non d’écorces qui enveloppaient les mannequins lors des défilés, introduisant la possibilité, au-delà du simple camouflage, de devenir objet ou essence végétale en se fondant sous un imprimé (mur, bois…)

La femme deviendrait-elle arbre cet hiver ? Il fut un temps pas si lointain où, pour être élégante, on croyait devoir l’orner comme un sapin. Cet automne, sa silhouette s’épure pour revêtir l’arbre dans sa plus simple apparence.

Sans ramages ni bourgeons scintillants. Elle laisse ses branches dénudées l’encercler car elle se sent loin cet hiver des forêts maudites des contes de son enfance et préfère s’enfoncer dans une écharpe sombre et sans feuillage que de prendre froid. L’arbre nu vêt de romantisme les frileuses urbaines…

Même le python si tendance jusqu’à l’automne prochain nous rappelle l’écorce de quelque arbre sauvage.

Hier, nous nous sommes échappés, avons couru sous le soleil d’automne, mêlé présent, passé et futur dans une même brassée et avant de pouvoir dire "ouf" je me suis retrouvé maille contre résine à manger du pin comme je ne l’avais pas fait depuis ses vingt ans.

Hier, pour la première fois depuis fort longtemps, ma maîtresse a pris un arbre dans ses bras et son coeur s’est apaisé tandis que, quelques dizaines de mètres plus loin, au milieu de prospectus éparpillés sur une table de jardin, le jeune prince découvrait une photo en noir et blanc d’une femme qui le rendit fort perplexe.

"Cette vieille a la peau en écorce !" finit-il par lâcher lors du goûter sans se douter le moins du monde de quelle bois cette "vieille" s’était chauffée toute sa vie…

Entre Madame Grès, l’écorce de soeur Emmanuelle et les teintes du petit bois sous le soleil froid, il m’a soudain semblé que l’automne de la vie pouvait offrir mille et un espoirs… avec style ;-)

Oui, cher Alber, nous avons tous besoin d’un arbre.

***

Robes 1 et 2: Lanvin

Robes 3 et 4: Akris et BCBG Max Azria (photos: Vogue.fr)

Echarpe, photos 1 et 2: Athena Procopiou

Sac Amalia en python: Lanvin

La moins égoïste de toutes: Soeur Emmauelle

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