Sous les rayons, la femme ?

Cher journal, chers amis,

Quand ma jeune maîtresse a revu l’homme solaire, j’ai eu peur. Très peur, même. Je peux maintenant vous l’avouer sans honte. Elle a changé si subitement, pris des airs, perdu des ans, que je ne savais plus à quelle maille me vouer. Les jupes les plus étroites de la penderie se voyaient déjà vivre quelque amour clandestin avec excitation (elles sont vraiment d’une étroitesse effarante.) alors que nous autres, les anciens, essayions de rassurer le reste de la troupe car nous ne pouvions réellement y croire. C’est que depuis le nombre d’années que je vis dans mon miteux placard je me suis habitué à mes petits sacs d’antimites, aux attaques de facétieuses grenouillères et à l’attitude débonnaire des t-shirts publicitaires de monsieur, toujours plus difformes les uns que les autres. J’ai beau parfois rêver d’un dressing pour moi seul (avec quelques cintres d’amis pour Alfred, le manteau à chevrons et mes meilleurs comparses), j’aime la vie que nous menons dans notre minuscule placard plein à craquer. Même si un drap épais m’est tombé dessus il y a quelques jours. Même si j’en ai encore mal au dos. Même si j’aimerais parfois ne pas me retrouver mélangé aux nappes et autres piles de linge nomade qui n’ont rien à faire au rayon des tricots.

Quand je l’ai vue choisir sa tenue pour son rendez-vous avec l’homme solaire, j’ai su. J’ai su qu’elle ne nous laisserai pas en plan dans le vieux lit parapluie qui sert aujourd’hui à accueillir le linge à repasser. Je l’ai longtemps maudit, ce lit, mais maintenant que madame a un nouveau bébé, les journées de nous autres, vêtements, sont épuisantes. Quel bonheur finalement d’attendre de passer au fer dans un lit douillet, ni trop grand ni trop petit, avec mes meilleurs amis.

Oui, j’aime mon vétuste placard, cette demeure bizarre, cette famille extravagante qui doit être la seule du quartier à offrir un lit aux vêtements éreintés par des cycles allant de 90 à 30° dans une eau terriblement calcaire.

Ce que je n’avais pas compris jusqu’à voir ma maîtresse enfiler son jean, sa chemise bleue et son blazer pour aller au rendez-vous de l’homme solaire, c’est que ma maîtresse chérit cette vie tout autant que moi mais aimerait juste parfois la vivre autrement.

Le panier à linge de Monsouvenir

Mes chers amis, je reviens dès que possible avec quelques imprimés fleuris. Je suis pour l’instant coincé à Monsouvenir entre quelques marcels auréolés de taches suspectes à certains endroits et des blouses à fleurs d’une telle rigidité que même le plus strech des jeans de mademoiselle fait la planche depuis deux semaines de peur de subir leur joug…

Jour 328: Pas le moindre indice…

Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille et discrète Audrey,

Le pull beige traîne comme une âme en peine à la salle de bain. Il a le cachemire enfumé et je ne sais comment l’approcher pour avoir des nouvelles de l’homme solaire. Je guette des signes sur ma maîtresse, un petit rien dans son air qui indiquerait qu’elle a approfondi ses rapports avec lui mais rien. Elle est distante, rêveuse. Parfois, elle s’emporte puis plonge à nouveau dans le silence. Quand elle est heureuse et enthousiaste, elle parle généralement seule en esquissant des pas de danse. Là, elle ne fait pas grand-chose. L’homme n’était-il déjà plus si solaire en cette fin d’été ?