Chers amis, chers lecteurs, chère cravate noire, tendre Pinassotte, fidèle chemise,
la froidure matinale annonce enfin le retour de la maille.
La mienne qui, de plus en plus s’étire, s’aère, me rappelle ces vers d’Oscar Wilde* dans lesquels il compare son âme à "un luth aux cordes tendues dont peuvent jouer tous les vents".
Oui, mes amis, je sens que cet hiver les vents vont se jouer de ma maille. Il serait bon que je renonce à mon antique tristesse, à cette maîtrise illusoire que j’aimerais avoir sur le temps car, enfin, que reste-t-il, ma maille, de ton héritage ? Et que puis-je à cela sinon espérer qu’en plus des vents les rayons du soleil viendront également se frotter à mes fils comme des archers pour combler mes vieux jours de leur lumineuse mélodie ?

(Histoire de fils métalliques par Anne Briat)
"Le fil comme l’élément premier, le fil comme point de départ, le fil qui se dévide, se tisse, se tord, se noue, s’entrelace… "

(Histoire de fils métalliques par Anne Briat)
"Point par point, duite par duite, nœud après nœud, torsion après torsion, entrelacs après entrelacs, le mouvement du fil devient œuvre textile, autant d’histoires qui se trament au fil des jours dans l’atelier et nous livrent des rencontres, des secrets, des aventures …"
C’est avec émotion que je m’étire enfin quelques minutes pour vous présenter la dernière exposition de la galerie "présents et futurs de la dentelle" à la Cité de la dentelle de Calais.
Après "Dentelle de papier", cette quatrième exposition s’intitule "Histoire de fils". Enseignants et créatrices de l’Académie Royale des Beaux-Arts de Bruxelles viennent jusqu’au 2 juin interroger l’âme du fil, ce qui en revient à lire dans nos entrailles.
*Hélas, Oscar Wilde

Tout juste pelote, je suis sortie ce matin du magasin de laine, choisie pour mes fils tout doux rappelant aux enfants leur première peluche. Je me suis bientôt retrouvée, maille toute simple autour d’une aiguille en bambou. Puis j’ai fait l’expérience de la maille lisière, de la maille à l’endroit, à l’envers, du jeté… et me retrouve déjà à moitié de ma création. Je suis très chaude et de couleur rouge vermillon. Bientôt je vais réchauffer le cou d’une petite fille et nous allons ensemble affronter notre premier hiver.
Je crois que nous allons souvent nous croiser, et nous réchauffer mutuellement, toi, par tes longs récits hivernaux, et moi par la fougue de ma jeunesse prête à tout affronter. A très bientôt.
J’ai hâte de vous rencontrer cette semaine, nouvelle amie !
haaa le fil, qui se transforme ensuite en maille pour finir en pull ou en moufles sur notre peau pour nous réchauffer, et cela presque depuis la nuit des temps. Cette exposition doit être sublime
Merci encore de m’énoncer dans tes tendres et sublimes lignes chaudes comme du cachemire.
De rien, chère Pinassotte, c’est un plaisir chaque fois de vous savoir passer par ici