Courrier d’étoffes: la lettre de la chemise à carreaux

Cher vieux pull, je t’écris pour te remercier ; grâce à toi je viens de renaître.

Madame, fidèle lectrice de tes chroniques, a compris que nous sommes précieux et avons tous une histoire partagée.

Je suis une vieille chemise à carreaux achetée par Madame lors de l ‘un de ses séjours dans les brumes du Nord il y a une vingtaine d’années.. Elle m’avait choisie pour mes coloris et la douceur de mon étoffe.

Elle m’avait portée, toute fière de m’exhiber, pendant deux saisons… puis m’avait remplacée par des consoeurs plus féminines et d’un autre cachet. Elle m’avait donc délaissée en m’enfermant dans un vieux placard aux murs recouverts de velours noir et aux portes rouges… Tristes moments ! J’étais entourée de pauvres parures mises au rebut, et nous n’osions souffler mot tant notre penderie nous faisait mourir d’effroi ! Oh, j’eus le privilège de sortir à quelques occasions, lorsque madame se lançait dans le bricolage ou retapissait sa maison ! J’étais tombée bien bas ! Puis, ce fut l’oubli complet. Je m’étiolais avec mes compagnons d’infortune.

Mais, hier midi, la température étant un peu fraiche dans la nouvelle maison, Monsieur me décrocha d’une patère derrière une porte cachée, et me mit sur ses épaules. Oh ! Joie ! Madame me reconnut et dit à Monsieur – mais c’est ma chemise ! Je l’ai achetée avec mes parents ! Aussitôt, Monsieur m’enleva de ses épaules et me plaça sur Madame en disant -un si joli souvenir, il te faut le garder !

(Madame avait lu hier tes derniers écrits au retour de l’été). Elle se mit presque à ronronner de me sentir à nouveau si près d’elle. Moi, je la retrouvais avec grand plaisir, découvrant quelques rondeurs que je connaissais pas… mais c’est vrai, que toutes les deux nous avions pris de l’âge.

Dans l’après-midi, Madame me fit tremper dans un bain soyeux ; je fus aussitôt entrainée dans un tango langoureux par un pull en cachemire, puis un gilet entreprenant m’emmena dans une valse folle… Madame me prit alors dans ses bras, et encore toute étourdie, je fus placée sur un étendoir entre les hortensias aux pétales mordorés et un vieux pommier aux belles pommes rouges. Le soleil de septembre, si doux, me caressa longuement. Madame vint me chercher et me rangea dans une belle penderie en chêne patiné au milieu de ses plus beaux atours. Elle pourrait ainsi me voir tous les jours en attendant le printemps où elle me ressortirait pour aller flâner le long des chemins côtiers.

Encore merci à toi, Cher vieux pull. Peut-être qu’un jour nous allons nous rencontrer ?

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