Le printemps…

… c’est l’époque des projets et des plans. Levine, en sortant, ne savait pas plus ce qu’il allait entreprendre que l’arbre ne devine comment et dans quel sens s’étendront les jeunes pousses et les jeunes rameaux enveloppés dans ses bourgeons; mais il sentait que les plus beaux projets et les plans les plus sages débordaient en lui.

Tolstoï, Anna Karenine

Eclosion de douceur

Mes doux ami(e)s,

les beaux jours se rapprochent à grands pas. Quelques mois encore et je retrouverai mon rayon tout en haut de la penderie, ma boule anti-mites préférée, la toile de Lizzie l’araignée et toutes les héroïnes que j’ai abandonné le temps de servir au mieux madame durant ces jours frileux. Je les entends – Anna, Joséphine, Julia et les autres – m’appeler comme une bande de sirènes sans manières. Avant de les rejoindre, je dois d’abord poursuivre mon odyssée à travers le printemps, ses courants d’air facétieux et ses pluies intempestives.

C’est enroulé autour de la gorge de madame que je célèbre aujourd’hui le premier jour du printemps.

Et c’est par cette photo de la collection printemps-été d’Isaac Mizrahi que je viens vous le souhaiter doux et excitant comme une promesse romantique murmurée par un jeune vent qui ne sait encore trop dans quel sens il va souffler.

copyright Isaac Mizrahi

Bien à vous, mes tendres amis et plus discrets lecteurs.

Vestiges d’une rencontre

Croisé dans le bus ce matin, un pardessus de l’après-guerre, digne et droit comme un maître d’hôtel sur le dos d’un vieux monsieur aux traits aussi impeccablement repassés que ses vêtements.

J’aime ces vêtements aux airs de majordomes qui me rappellent au hasard d’une rencontre que notre devoir premier est de protéger et servir avec la plus grande dignité nos maîtres mêmes les plus faillibles.

PS: il m’a dit être entretenu et réparé depuis plus de 40 ans par un vieil homme qui tient une minuscule boutique sur deux étages un peu à l’écart du centre-ville. Selon les dires de ses coutures, ce monsieur aurait le talent de pouvoir comprendre les besoins de n’importe quel vêtement sans même lui adresser la parole. Il paraîtrait aussi qu’il discute allégrement avec ses aiguilles comme si elles étaient à la fois ses filles, ses confidentes, ses soeurs ou ses amantes.

De quoi me donner envie de me faire réparer….