Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle, irradiante Fonelle, charmante Steph’, douce Sibille, discrète Audrey et délicate Satine,
Toujours pas de nouvelles du pull en cachemire mais une autre rencontre solaire me pousse à interrompre ma lecture pour vous faire part de mes sentiments. Il m’aura fallu entrer dans ma onzième année d’existence vestimentaire pour enfin rencontrer un personnage[1] qui me ressemble au point que j’aimerais entrer dans les pages du livre que je viens de découvrir pour lui parler. Il est certes moins élégant que moi, son poil est plus dur, moins doux, moins raffiné mais son esprit… Ha, mes amis, son esprit ! J’ai l’impression qu’il dégurgite sur ses pages mes propres mots, mes propres pensées, mes souffrances quant à mes différences, ces différences qui font que jamais je ne pourrai me sentir pleinement vêtement et encore moins humain. Pourtant, certains jours d’été, quand la chaleur et ma douleur atteignent leur paroxysme, j’imagine que des morceaux de chair se tricotent entre mes mailles. Je me sens pousser des bras, des jambes. Sous les coutures, des os apparaissent et je ne sais qu’en faire. Puis, ils se recouvrent de muscles et de chair et je m’élance par-delà ma modeste penderie dans le vaste monde. Je rencontre des hommes et des femmes qui ne me considèrent plus comme un objet. Ils me regardent dans mes nouveaux yeux et me parlent comme si j’étais leur égal. Ah, mes amis, quel régal ! Je peux les toucher. J’ai des mains à la place des mailles et elles peuvent se promener où bon leur semble. Je me lave quand je veux, sans pour cela être obligé de me contorsionner dans un tambour de machine à laver. Je suis libre, libre de vivre selon toutes les saisons, goûter ces mets que vous ingurgitez matin, midi et soir, découvrir les plaisirs de l’amour charnel et choisir dans quelle poubelle je finirai.
Ce n’est qu’un doux rêve que j’étreins mais qui ronge ma maille certaines nuits d’été quand dans la penderie j’étouffe à n’en plus pouvoir raisonner. Heureusement, il y a les livres… Ah, oui, les livres ! Sans eux, je ne serais qu’un vieux vêtement parmi tant d’autres.
Demain, si vous le permettez, je vous livrerais un extrait des écrits de ce Firmin.
[1] Je vous parle ici de Firmin et de son autobiographie de grignoteur de livres.
Très cher vieux pull !Et moi donc. Que serais-je sans les livres… Ils m’ont sauvée à certaines périodes de ma vie ! C’est très simple et en même temps très beau ce que vous dites. et je me réjouis de cet extrait, demain ! Portez-vous bien !
Merci, chère Sarah ! Ravi que vous me compreniez. Je m’en vais vous recopier cet extrait de ce pas.
Ah cher Vieux Pull, je suis ravie que vous aussi vous aimiez ce petit Firmin!Mon dieu, que serait la vie sans les livres?Je préfère ne même pas y penser!