Mes amis, ma maille se sent d’humeur coquine ce soir. Plutôt que de vous révéler qui est le nouvel invité de ma maîtresse, je m’en vais plutôt vous citer ces mots de Moreau car, la chaleur aidant, je passe plus de temps au contact des livres en vrac que du corps de ma tendre…
Le prétérit : « Il me laissait, inexplicablement, sur ma faim de résonances assez lascives pour que j’en éprouvasse un commencement d’érection. Prétérit ne semblait être qu’une création pédante, destinée à habiller d’académisme les ressorts vibratiles de la langue, singulièrement en sa conjugaison. J’avais tort. Prétérit était une bien belle sonorité, suave, féminine, ondulatoire, dont m’avait échappé, je ne sais pourquoi ni comment, la grâce naturelle, engageante. Elle avait tout pour incarner, à mes yeux, une de ces promeneuses considérables auxquelles, dans la rue, j’aimais emboîter le pas, toutes affaires cessantes, avant qu’elles disparussent à jamais de ma vue, sans savoir à quel point elles avaient su se rendre plus inoubliables comme évanouies que comme abordées. Prétérit était de celles-là, sauf que ce n’est que maintenant que je mesure combien, même brève apparition, j’eusse gagner à m’entêter à la suivre, où qu’elle allât. Mais le hasard n’a pas voulu que marchant sur ses talons, qu’elle portait haut, j’eusse le plaisir à la faveur d’une chute ou d’une entorse, de la voir de plus près, et de la trouver encore plus désirable dans l’embarras que dans la prestance. » (Des Hallalis dans les alléluias, Marcel MOREAU)
Vivement l’automne – ou les prochains rafraichissements – car les mots ne sont beaux que si on peut les vivre, n’est-ce pas ?
