Jour 173: mon ami le lambswool

Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle et mademoiselle Fonelle, charmante Steph’,

Ma maîtresse est déchaînée. Elle ne cesse d’inviter du monde à dîner. Elle cuisine, danse, boit, rit et parfois fait tout ceci en même temps comme si elle prenait un malin plaisir à actuellement jongler avec la vie. Quant à monsieur, nul ne sait où il se terre présentement. Aux dernières nouvelles, il se prélassait dans la villa d’un ami non loin d’une plage du Sud. Ses chemises font bien dix pieds de long tant elles sont contrariées de ne pas avoir été emmenées (autant dire qu’elles sont encore plus longues que de vieilles liquettes…). Il n’a pris que quelques jeans, une flopée de t-shirts près du corps et ses pulls les plus coûteux. On reconnaît bien là monsieur qui n’a que le prix comme mesure du beau. Imaginez la tête qu’il a fait le soir où ma maîtresse a voulu se rendre à une soirée d’entreprise avec notre jupon de quatre sous ! J’en ris encore. L’absence de ce jeune bougre ne me dérange nullement à dire vrai mais je commence à ressentir une certaine anxiété à l’idée de me séparer définitivement de certains compagnons que je fréquente quotidiennement depuis six bonnes années. Le lambswool, je crois, est celui qui me manquera le plus. J’ai même espéré quelques heures que monsieur reste avec nous pour ne pas perdre mon élégant ami à poils gris. Je ne dis pas que nous ne nous sommes jamais disputés mais, les années passant, j’ai surtout appris à apprécier ses qualités – son charme discret mais inégalable (oui, même par moi !), son joli col V (moins profond que le mien, cela va sans dire !), sa droiture, son toucher, son allure toujours impeccable. Il en est même parfois agaçant tant il donne l’impression d’être élégant sans rien faire. Moi, plus le temps passe, plus je dois prendre le temps de me préparer avant de me montrer à ma maîtresse. Pensez donc : il faut que je regonfle ma maille, rentre les côtes, étire mon plastron (mais pas trop non plus, d’où l’importance de prendre tout mon temps pour cette opération de précision)… (Heureusement que le magazine ELLE n’a pas publié ma photo au réveil aux côtés de clichés de Charlotte Rampling ou Monica Belluci. J’aurais eu bien piètre allure !)

En un sens, le lambswool et moi avons réussi là où nos maîtres ont échoué : nous sommes parvenus à nous aimer au-delà de nos différences.

Jour 169: ce que le jupon entendit au lendemain de son arrivée…

Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle et mademoiselle Fonelle,

Vous m’avez beaucoup manqué ces derniers jours. Ma maîtresse travaillant d’arrache-pied sur un projet, je n’ai plus accès à l’ordinateur de la chambre mais rassurez-vous (et rassurez également le superbe paréo de Catherine), nous allons tous bien. Quant au portable de monsieur, et bien… il est avec monsieur, on-ne-sait-où… Quand je vous disais que ce jupon était bien malgré lui en train de révolutionner notre vie à tous !

Pendant mes vacances forcées chez l’autre type, ma maîtresse et monsieur ont, paraît-il, envisagé une séparation « pour réfléchir ». Du moins, c’est que m’ont répété le jupon, le lambswool et le manteau qui râle au fond du placard depuis que le printemps est arrivé. C’est ce dernier qui m’a raconté dans les menus détails la scène entre ma maîtresse et monsieur. Un chuchotement, m’a-t-il dit. Il n’y eut point de vaisselle cassée, de larmes, de cris, de gestes déplacés. Il n’y eut qu’un chuchotement entre les draps – si faible le chuchotement que le jupon s’étira de tout son long pour pouvoir mieux les entendre. Il n’en croyait pas sa broderie : à peine arrivé dans un foyer, il entendait ses nouveaux maîtres parler de se séparer. Cette nuit-là, la penderie était très calme. Il n’y avait que le manteau pour ne point dormir, anxieux qu’il était à l’approche des beaux jours. Alerté par les mouvements du jupon, il tendit à son tour un pan – le plus long – de sa personne pour mieux entendre. Les deux êtres qui nous hébergeaient depuis quelques années étaient allongés, face à face, le dos tourné à la penderie qui retenait son souffle, réveillée par les angoisses du manteau. Ils bruissaient tous tant dedans que seul le jupon, le plus près du lit, entendit réellement les mots qu’ils échangèrent.

-         Tu es sûre ? a murmuré l’un.

-         On doit aller de l’avant.

-         Ca me fait peur.

-         Moi aussi.

On aurait pu croire que cela se passerait autrement, entre pleurs et rugissements, mais ils semblerait que nos maîtres aient pour une fois décidé de se comporter dignement. Bien évidemment, j’étais absent et n’ai pu contempler cet ahurissant spectacle. Il paraîtrait même qu’ils se soient ensuite endormis en paix en se tenant la main ! Non mais, le croyez-vous ?

Aparté pascal

Mes chers amis, je sais que vous languissais de connaître la suite des aventures du jupon révolté mais il ne me laisse que peu de temps pour écrire en ce moment. Tel un enfant émerveillé et curieux, il fait maint et une bêtise dans cette appartement et je dois le surveiller de près car quelques-uns ici veulent sa peau (son coton, devrais-je plutôt dire).

Ma maîtresse recevant, la tâche est encore plus ardue.

En attendant de pouvoir vous en dire plus, je dédie cette petite note à l’attention des amoureux des cintres rembourrés recouverts de tissu, de miss Nahn qui me demandait un jour une photo de ces dits-cintres que nous avions en penderie et Sunny qui avait bien envie de savoir où nous nous étions procurés les belles romantiques à qui nous nous suspendons quand la voie est libre.

Ces cintres proviennent du site de la Redoute. Je crois que ma maîtresse a payé 4 euros le lot de 3 cintres en toile de Jouy fuschia durant les soldes d’hiver et je vous conseille vivement de jeter un oeil à la fin de l’été sur le dit-site car ces cintres sont des pures merveilles. Les blouses n’ont jamais été si détendues que depuis que ces cintres sont arrivés chez nous. Je regrette d’ailleurs de ne pas être pendu plus souvent…

En attendant, vous pouvez vous procurer ceux-ci sur le site de la Redoute à 10 euros les 3.

cintreraye

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Bien à vous,

votre serviteur en mohair

Jour 163: la révolte du jupon, deuxième partie

jupon

Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle et mademoiselle Fonelle,

Ce qui, au départ, devait être une histoire fort croustillante est aujourd’hui du réchauffé – la faute au temps, aux retrouvailles de ma maîtresse avec l’autre type, à la disparition de la gitane et du foulard de tante Agathe… tant d’évènements qui ont fait que j’ai tardé à vous raconter ce qui a chamboulé notre penderie ainsi que la vie de notre maîtresse.

Au départ, voyez-vous, il y avait un jupon de marque Roxy tout simple quoique divinement charmant, un brin timide et pas prétentieux pour deux sous. Le pauvre n’avait coûté que quatre euros dans une petite boutique de dégriff’ et personne ne pensait en le voyant arriver dans la penderie qu’il allait créer un tel chambardement.

Une révolution, devrais-je dire.

Moi-même l’ayant rencontré une semaine après son arrivée, je le trouvais quelque peu effacé. Rosissant pour un rien, il faisait un peu pâle figure (si j’ose dire…) aux côté de la nouvelle robe à fleurs mais ma maîtresse décida de lui donner une place d’honneur parmi nous. Elle le rangea sur l’étagère du haut à mes côtés. Il faut savoir que cette place est la place des favoris de ma maîtresse, pas de ses plus beaux vêtements, non, de ceux qu’elle aime avoir à porter de main plus souvent : les « comfort clothes » comme elle les appelle.

jupon2

Les comfort clothes sont rarement des vêtements neufs. Portés et reportés, les comfort clothes ont su s’adapter à la silhouette de ma maîtresse sachant à quels endroits se relâcher pour moins la compresser sans pour autant perdre toutes leurs formes et leur élégance (ce qui les différencie des très vieux habits qui gisent un peu n’importe où…). Les comfort clothes sont donc des vêtements intelligents et je n’ai pas honte de dire que je fais partie de cette catégorie depuis une éternité. Certes, je râle parfois du fait qu’elle m’oublie trop souvent en boule au milieu d’autres comfort clothes mais je me considère tout de même comme un privilégié, surtout depuis que belle-maman a recousu le petit trou sous mon aisselle droite !

En ce moment, dans le coin droit du haut de la penderie, résident quelques gars : un pantalon en tweed infatigable, un pull en cachemire beige, un pull tunique prune, une veste courte, un pantalon rose, moi-même et… le jupon.

Et c’est justement l’arrivée de ce petit gars dans notre espace privilégié (mais fort étroit) qui a causé une petite révolution dans la vie de tous…

Des nouvelles du paréo de Catherine…

Mes amis,

J’ai enfin quelques nouvelles du paréo espagnol de notre chère Catherine. Voici le joli message que j’ai reçu ce soir. (Ma maîtresse se rétablit doucement. Merci pour tous vos gentils commentaires !)

Cher vieux pull,

vous me voyez fort chagriné de venir vers vous si tardivement et hélas, les franges encore vides de toute photo de moi.

Ma maitresse m’a pourtant sorti et repassé le week-end dernier, mais depuis, elle semble de nouveau absorbée dans une semaine d’intense travail au bureau. Part tôt, rentre tard, et m’a regardé avec culpabilité hier soir. Mais toujours rien. Je passe pourtant mes nuits à escalader mes camarades vêtements posés sur la chaise où elle nous pose tous le soir en allant de coucher. Plus d’un m’a fait la courte échelle d’ailleurs, fiers qu’ils sont tous à l’idée de me voir apparaître et représenter toute la penderie sur un blog aussi fameux que le votre !!!

Que dire … J’espère que votre invitation tient toujours … Et que vous ne prendrez pas ombrage de ce contre-temps, bien que je sois confiant, vous semblez avoir bon esprit, et vous avez vous-même une maitresse qui doit être bien occupée parfois.

Quoi qu’il en soit, l’écharpe m’a dit avoir croisé l’appareil photo ce soir dans le salon. Je pense que c’est bon signe.

Merci à vous de me confirmer que je serai le bienvenu pour la "sun set party" dont nous avons parlé si ma photo vous arrive demain soir.

Bien à vous.

Le paréo espagnol de Catherine.


www.parismages.com
Un blog de photographie qui aime la mode et les voyages / A blog about photography, with fashion and travel inside

Jour 160: le foulard de tante Agathe

Mes amis,

Nous vivons une période funeste.

Je ne sais quand je pourrai vous raconter ma rencontre avec le jupon car ma maîtresse est alitée. Je profite de la savoir dans son bain à l’heure qu’il est pour vous écrire ce petit message car il m’est impossible d’écrire tant qu’elle occupe la chambre où trône l’ordinateur. La raison ? Une vilaine otite. Mademoiselle s’est promenée oreilles au vent pendant trois jours en faisant visiter la ville à tante Agathe, la cousine de sa mère. Tante Agathe est une vieille dame charmante mais fort accaparante. Comme ma maîtresse est une galante, elle a laissé sa chambre à la vieille tante et dormi sur le canapé rouge du salon. A mon grand malheur, j’ai dû partager le dessus du fauteuil avec un vieux cardigan particulièrement austère qui ne pouvait comprendre que les jeunes femmes d’aujourd’hui avaient maintes occupations bien plus passionnantes que les tâches ménagères (le cinéma, les hommes, les concerts, les consoles de jeu, les soirées entre copines, le shopping, par exemple). J’ai aussi eu droit aux remontrances d’une jupe bleue marine qui estimait que je ne devais rester ainsi visible alors que mon col s’émoussait. Hier, heureusement pour ma maille, tante Agathe est repartie mais il a fallu avant arpenter la ville car son foulard s’était envolé. Ce n’était pas n’importe quel foulard. C’était un foulard griffé Jeanne Lanvin qui lui avait été offert à son départ en retraite. Hier, en fin d’après-midi, Tante Agathe l’a dénoué tant il faisait chaud et posé sur son avant-bras. Elle pensait l’avoir coincé entre la anse de son sac et sa manche mais le désinvolte s’est envolé et nous avons (oui, j’ai eu la chance de participer à la battue) parcouru plusieurs rues de long en large avant de rendre les armes. Nous ne l’avons jamais retrouvé mais le vent s’est levé et a achevé les oreilles déjà très sensibles de ma maîtresse. Tante Agathe est repartie le cœur gros. Quelque part au plus profond de ma maille, j’admire cette vieille dame qui, malgré son arthrose et son grand âge a combattu le vent pendant plus de quarante minutes pour retrouver son foulard fétiche… pas vous ?

Jour 158: la robe de gitane

« Mais je n’en veux pas à mon professeur de français de n’avoir pas su me parler du passé composé comme d’un déhanchement de Gitane, ramenant dans ses reins toute la torse plastique d’un corps n’ayant soudain plus de mémoire que celle qui fait danser le révolu sur un rythme qui en perpétue splendidement le hondo. » (Des Hallalis dans les alléluias, Marcel MOREAU)

Mes amis, j’interromps momentanément mes grandes élucubrations sur les jupons et les hommes autres que Monsieur (qui m’est de plus en plus insupportable) pour vous faire part d’une nouvelle qui m’a fort attristé : la robe de gitane s’en est allée. J’attendais demain pour vous en parler avec moins d’émotion mais Sunny a mis le doigt sur le sentiment qui me rongeait…

J’aurais aimé vous dire que la robe de gitane avait plié bagage, jeté sa dignité dans une petite valise en carton et claqué la porte de la penderie (qui coulisse…). Malheureusement, la réalité en est tout autre : ma maîtresse l’a mise dans un sac poubelle avec un dos nu aux liens émoussés et des bas de maillots de bain dépareillés lors de son tri de printemps. Comme elle ne se presse jamais trop de descendre les poubelles, nous avons eu le temps d’organiser une petite veillée en l’honneur de la gitane qui jurait ses grands volants qu’elle ne nous oublierait jamais. Je ne l’oublierai pas non plus. Avec elle, en Espagne, on traversait des voies ferrées pour aller nous baigner sur des plages bondées. Moi, je ne servais pas à grand chose en pleine journée – à peine d’oreiller – mais combien de fois n’ai-je pas été jeté en boule trop près de l’eau en compagnie de la gitane ? Ensemble, nous avons passé des heures à médire sous le soleil, jugeant le maillot de chaque touriste en mal de style tandis que notre maîtresse, insouciante, nageait seins nus. Que de souvenirs ! Je ne vous parle même pas de cette mémorable semaine que nous avons passée sur la Côte d’Azur pour la majorité de mademoiselle, ni même du joli petit militaire sur lequel la gitane s’est jetée en une fin d’après-midi orageuse. Il n’y avait que la robe de gitane pour oser cela !

Aujourd’hui, je comprends que, trouée, décousue et délavée, elle ne soit plus portée mais je regrette qu’elle s’en soit allée. Espérons que de ses volants quelqu’un fera bon usage. Le sac – ouvert, je précise – est descendu au local poubelles avant-hier. Ma maîtresse l’a laissé grand ouvert car il est de coutume de mettre ses vêtements indésirables à la disposition de tout un chacun dans cet immeuble. Ce matin, le bas de pyjama de ma maîtresse m’a rapporté que la robe n’était déjà plus en bas.

Ma chère et virevoltante amie, où que tu sois, je croise mes manches et pense fort à toi.