Coup de coeur

« Ce pourrait être le livre d’un corps écrivant. Ce pourrait être le commencement ou la fin d’un corps en résonance avec quelque chose de la femme éternelle. »

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Ainsi commence le dernier livre de Marcel Moreau, « Des hallalis dans les alléluias ». Ma maîtresse l’a reçu hier et l’a posé sur son bureau où je traîne ces jours-ci, en équilibre entre le dossier du fauteuil où séjourne déjà le jupon en broderie anglaise et le clavier pour éviter un certain pull en cachemire beige dont je vous narrerai bientôt les exploits.

Remplacer « corps » par « pull » et vous lirez ce que je ressens. … La puissance du langage, le pouvoir du verbe qui depuis octobre me permet d’exprimer dans ce journal tout ce que je taisais depuis des années, incompris de mes pairs, muet aux oreilles des humains …. Dans ce livre, les mots de Moreau résonnent en ma laine comme si homme et pull n’étaient point si éloignés.

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Du langage – qui m’a permis de vous rencontrer – il dit ceci :

« La différence entre les corps humains, ce n’est pas la couleur de leur peau, ni leur façonnement par des climats ou des cultures spécifiques, c’est la densité ou la superficialité de leur relation à la puissance du langage. Celui qui a eu, ou aura, un jour la révélation qu’en faisant corps avec la puissance du corps langagier, il ne fait rien d’autre que libérer par la parole ce que les impuissances de sa raison ont amassé en lui de silences de mort et d’indansable créativité, celui-là est un corps en mouvement vers son humanité essentielle. C’est alors qu’il abonde de ses aptitudes à l’épanouissement… »


A déguster avec une tasse de thé au lait (ou un bol d’eau savonneuse…)

Jour 152: la révolte du jupon, première partie

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Cher journal, chers lecteurs, cher James, chères cravate noire et valseuse de prose, chères Miss Nahn et Glitzy, jolies Stéphanie, Sarah et Marionfizz, charmantes Alize, Frieda, Marigaz, Sunny Side, Isa et Catherine, talentueuse Isabelle et mademoiselle Fonelle,

Il est un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, un temps révolu durant lequel les gens gardaient leurs vêtements très longtemps. C’était l’ancien temps. Dans les armoires à glace, les bizutages allaient alors bon train. Aujourd’hui, il est presque inimaginable de créer des fratries dans nos penderies car les vêtements n’y résident jamais assez longtemps. Le bizutage ne se pratique guère plus mais, à une autre époque, les anciens ne se gênaient pas pour torturer à leur guise les nouveaux.

Une des robes de la grand-mère de ma maîtresse m’a raconté un dimanche à quel point elle avait souffert en arrivant dans l’armoire à glace de la maison paternelle à quelques dizaines de kilomètres de Monsouvenir.

C’était la toute première robe commandée par la grand-mère après avoir été choisie sur un catalogue. Une petite révolution dans le quartier et un événement dans la penderie. Je n’y étais pas, bien sûr, à l’époque mais d’autres vêtements de l’armoire à glace m’ont depuis confirmé les faits. La robe à carreaux, fraîchement arrivée, fut bombardée de questions. Elle venait d’une grande ville du Nord, avait été fabriquée dans une usine et s’était faite livrée par les PTT, autant de lignes à son CV qui, à l’époque, impressionnaient. Bien qu’un peu timide au début, la robe à carreaux prit vite ses aises sur un cintre en bois, ce qui ne plut pas à la robe de mariage de la grand-mère qui fomenta quelques mauvais coups contre la petite nouvelle.

Au début, elle la couvrit d’anti-mites puis ordonna aux maillots de corps du pépé de renverser la bouteille d’eau de Cologne en plein sur son joli col. Ainsi aspergée, elle dut être évacuée de la garde-robe et séjourna dans la cour pendant quatre ou cinq jours. Il ne fallut pas plus de temps à la robe de mariage[1] pour persuader les résidents de l’armoire à glace de donner des gages tous plus stupides les uns que les autres à la nouvelle. Elle appelait cela le « droit de partage » de la barre centrale. Quiconque voulait s’installer dans l’armoire devait passer par là pour être accepté.

Aujourd’hui, on se croit à peine installé dans une penderie qu’on nous pousse vers le fond pour empiler de nouveaux pulls. Les jeunes sont trop nombreux pour qu’on ose les bizuter. C’est du moins ce que je croyais jusqu’à ce samedi…


[1] N’allez pas croire pour autant que la robe de mariage était un monstre. Elle n’était pas commode, certes, mais n’avait pas mauvais fond, finalement. Je l’ai rencontrée le jour des funérailles du pépé. La grand-mère l’avait sortie de sa housse et disposée sur le lit où s’amoncelaient les pulls et sweaters des jeunes. Je vous raconterai tout ceci une prochaine fois…

Aparté dominical

Bonjour, mes amis !

En ce week-end pluvieux, je continue mes rêveries de penderie… et de robes de velours…

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(Robe d’Anna Karénine dessinée par joeship)

« Celle-ci n’était point en mauve, comme l’aurait voulu Kitty. Une robe de velours noir très décolletée découvrait ses épaules sculpturales aux teintes de vieil ivoire et ses beaux bras ronds terminés par des mains d’une finesse exquise.

Une guipure de Venise garnissait sa robe ; une légère guirlande de pensées était posée sur ses cheveux noirs sans postiches ; une autre, toute pareille, fixait un nœud de dentelles blanches au ruban noir de la ceinture. De sa coiffure, fort simple, on ne remarquait guère que les courtes boucles frisées qui s’échappaient capricieusement sur la nuque et les tempes. Un rang de perles fines courait autour de son cou ferme comme de l’ivoire.

Kitty, engouée d’Anna, la voyait tous les jours et ne se l’imaginait pas autrement qu’en mauve. Mais quand elle l’aperçut en noir, le charme de son amie lui apparut brusquement sous son vrai jour – et ce fut une révélation. Le grand attrait d’Anna consistait dans l’effacement complet de sa toilette ; une robe mauve l’eut parée, celle-ci au contraire, en dépit des dentelles somptueuses, n’était qu’un cadre discret qui faisait ressortir son élégance innée, son enjouement, son parfait naturel.

Anna Karénine, Leon TOLSTOI

Et voici celle de Kitty telle que je la cherchais la semaine dernière…

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(paperdolls.com)