Jour 90: Retour de Monsouvenir

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Cher journal, chers lecteurs et lectrices anonymes, chère miss Nhan, mademoiselle Beauty, charmante Frieda et chère Cravate noire que j’ai malencontreusement oubliée…,

Il y a tant à dire sur ce week-end que je ne sais par où commencer. Je réalise ce matin que je ne vous ai encore jamais parlé des parents de ma maîtresse ni même de ses amies d’enfance avec qui elle forme les Infernal Trois. Elles sont terribles, si terribles que j’ai des suées rien qu’en sachant qu’elle va leur téléphoner. Cette fois, mes amis, c’était pire. Je les ai vues, en chair et en os, et entendu rire et jacasser tout le week-end ! J’étais d’ailleurs fort aise samedi soir d’apprendre que je ne faisais pas partie de leur petite virée dans la boîte de nuit locale. La dernière fois que ma maîtresse m’y avait convié, j’avais dû être lavé deux fois tant je sentais le tabac froid. A ce propos, je constate que ma maîtresse fume de plus en plus. Si je pouvais, je lui dirais bien deux mots mais elle est si têtue que je me heurterais à un mur de mauvaise foi. Paradoxalement, elle s’est remise à courir…

Ca doit être l’effet Monsouvenir.

Monsouvenir est une petite bourgade du Sud-Est de la France où ma maîtresse a grandi jusqu’à ses dix huit ans. Ses parents y ont une petite maison cossue dans un quartier bourgeois. Le père de ma maîtresse est électricien et pêcheur à ses heures. Sa mère est femme de ménage et névrosée. Sa propre mère avait hérité de cette maison par une grand-tante aristocrate qui avait fui l’Europe de l’Est et s’était installée en France pour couler une fin de vie heureuse. La mère de ma maîtresse est donc très attachée à ses origines. D’ailleurs, elle n’a de cesse de rappeler à qui veut dans la maison qu’elle est la plus aristocrate des femmes de ménage du pays. Elle n’a pas beaucoup d’amies. Je me demande bien pourquoi…

… mais ne soyons pas mauvaises langues car ce week-end aurait pu être bien pire que ce que nous avons vécu à Monsouvenir. Ma maîtresse en est d’ailleurs revenue fort revigorée. Ce matin, sur les conseils de sa chère maman, elle est partie travailler le rouge aux lèvres et l’escarpin au pied avec un petit tailleur vintage finement rayé qu’elle a agrémenté d’une écharpe en soie à pois en guise de ceinture. C’est un peu surprenant au premier abord mais, finalement, le contraste entre les pois et les rayures rend très bien.

Je vous laisse pour profiter d’une soirée d’oisiveté bien méritée au côté du pull de l’armée. J’ai tant à lui raconter aussi !

Bonne semaine, mes amis !

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Photo: Les deux acolytes

Crédit: Steven MEISEL pour VOGUE US

Jour 86: Le coeur des femmes

Cher journal, chers lecteurs et lectrices anonymes, chère miss Nahn, mademoiselle beauty et charmante Frieda,

De toutes les femmes qui m’ont tripoté, tourné, retourné, essayé il n’y en a qu’une qui m’a ouvert son cœur : la seule qui m’a acheté. C’est peut-être pour cette raison que je ne la comprends pas toujours. Elle me semble avoir un don pour compliquer la vie qui dépasse tout entendement mais je n’ai pas d’autres points de comparaison valable. Bien sûr, au travers de ma maîtresse, j’ai connu d’autres femmes, sa mère notamment, ses meilleures amies du lycée et ses anciennes colocataires. Toutes me paraissaient aussi compliquées. Est-ce une véritable caractéristique féminine ?

Ce soir, roulé en boule dans son vieux sac en cuir marron, je vais prendre le train en direction de Monsouvenir. Ma maîtresse a décidé hier matin de passer le week-end loin de monsieur dans la maison de ses parents.

Priez pour moi, chers lecteurs, car une certaine légende veut que des vêtements partent à Monsouvenir sans jamais en revenir …

Jour 84: Révélations dans la salle de sport

Cher journal, chers lecteurs et lectrices anonymes, chère dame cravate, chère miss Nahn, mademoiselle beauty et charmante Frieda,

Vous souvenez-vous des allusions des chaussettes de monsieur un dimanche après-midi ? Volontairement, je suis resté loin d’elles pour ne pas me poser trop de questions.

Voyez-vous, je n’aime pas les ragots.

Malheureusement, hier, j’ai accompagné ma maîtresse à la salle de gym où monsieur nous a rejoint une demie heure plus tard. Comme la salle n’était pas chauffée, j’ai eu tout le loisir, pendant une bonne vingtaine de minutes, de sentir son cœur battre contre ma maille tandis qu’elle pédalait sur un de ces vélos qui ressemblent plus à des ordinateurs qu’à des cycles. Voir monsieur avec son frêle corps imberbe s’essayait aux abdominaux m’a ravi. Au cœur de ma maille, je pouffais.

J’ai toutefois arrêté quand ma maîtresse s’est mise à critiquer monsieur sur tout et rien, un don dont elle use et abuse depuis des mois sans que cela apporte plus de bonheur à son couple. Parfois, je me demande si elle ne le fait pas exprès pour tout gâcher. Parfois, je vois monsieur rentrer avec un sourire narquois et deux heures de retard et je me dis qu’il le mérite. Toujours est-il que, hier, ma maîtresse a demandé à monsieur pour qui il se mettait soudain à faire des abdominaux. Toujours pas pour elle et les quelques kilos en trop qu’elle s’était récemment offerts. Il lui a répondu qu’il voulait simplement se sentir mieux dans son corps, chose à laquelle ma maîtresse aurait dû applaudir mais non ! Elle a continué en citant un nom qui m’était parfaitement inconnu, une certaine Nadia avec laquelle monsieur travaillait. En guise de réponse, monsieur se contenta de sourire. Ma maîtresse, alors, prit ce petit « air de rien » qui veut dire « tu me blesses et ne me mérites point » pour lui signaler qu’elle n’était pas née de la dernière pluie et qu’elle avait parfaitement remarqué depuis quelques mois qu’il ne pouvait passer une journée sans parler de cette nouvelle collègue. A cela, monsieur répondit : « Oh, ne t’en fais pas. Elle est bien trop belle pour moi ! »

Comme une furie, ma maîtresse a bondi de son drôle de vélo et s’est écriée « Mon pauvre salaud, tu aurais dû me répondre tout sauf cela ! Tu aurais pu me dire de ne pas m’en faire parce que tu m’aimais, parce que j’étais la seule femme de ta vie et j’aurais fait semblant de te croire mais il a fallu que tu m’humilies une fois de plus ! » Sur ces mots, elle a claqué la porte et nous sommes tous deux montés dans l’ascenseur dans le silence le plus absolu. Depuis, elle n’a toujours pas desserré les dents et je me demande si elle n’en fait pas un peu trop. Ne devrait-elle pas plutôt être rassurée ?

Parfois, je ne comprends rien aux femmes…