Cher journal, chers lecteurs anonymes, chère cravate noire, chères Big Beauty et Miss Nahn,
Veuillez m’excuser pour ces quelques semaines de silence. Depuis que ma maîtresse et son compagnon sont en vacances, je n’ai guère accès à l’ordinateur. J’espère que vous passez tous une agréable semaine, de préférence au chaud. Ma maîtresse a monté le chauffage pour mon plus grand plaisir mais surtout pour le confort de beau-papa et belle-maman qui sont arrivés la semaine dernière. Leur avion s’est posé avec une heure de retard mais belle-maman a réussi à garder ses cheveux sur la tête. Le vol a, paraît-il, été fort agité. De ce fait, beau-papa a passé une demie-heure à vomir dans nos toilettes qui, je le précise au passage, se situent face à la penderie. Moi qui gisais sur la moquette approximativement aspirée, j’imaginais la douleur de mes confrères, notamment les vêtements de monsieur qui est bien plus ordonné que ma maîtresse et j’ai bien ri intérieurement. Parlant de monsieur et de ma maîtresse, je dois vous dire que je ne les avais pas vus aussi heureux depuis fort longtemps. Certes, le vieux whisky que beau-papa a apporté doit y être pour beaucoup mais je suis tout de même ravi de les voir échanger baisers tendres et œillades coquines sous le regard fort désapprobateur de belle-maman. C’est une très gentille dame mais elle est si prude qu’elle voudrait que monsieur et ma maîtresse lui donnent un petit fils sans jamais devoir se toucher. Durant les deux premières années de leur relation, monsieur et ma maîtresse se voyaient faire chambre à part chaque fois qu’ils rendaient visite à beau-papa et belle-maman. Au début, le jeune couple se retrouvait dans la salle de bain. Personne n’y voyait d’inconvénient – pas même belle-maman qui devait croire que monsieur faisait de longues ablutions pendant que ma maîtresse prenait ses bains – jusqu’au jour où on entendit beau-papa hurler du salon et grimper les escaliers quatre à quatre. Il tambourina comme un fou sur la porte jusqu’à ce que monsieur lui ouvre, le feu aux joues selon les dires du peignoir. La baignoire, qui se situait pile au-dessus du fauteuil préféré de beau-papa, avait fui. J’étais moi-même dans la chambre à ce moment-là et n’ai pas eu la chance de voir la tête de ma maîtresse et de monsieur mais j’ai pu attesté en descendant plus tard au salon de l’ampleur des dégâts de leurs remous. J’en ris encore. Depuis ce jour, ma maîtresse et monsieur y regardent à deux fois avant de prendre un bain ensemble…
Je dois vous laisser. Je viens d’entendre beau-papa émettre le souhait de jeter un œil à ses actions en bourse. Je m’en vais me coller au dossier de la chaise et tailler une bavette avec son vieux pull de l’armée.
A bientôt, cher journal et chers amis !

